Thuyas, lauriers, charmilles : le bon rythme de taille pour chaque haie

Thuyas, lauriers, charmilles : le bon rythme de taille pour chaque haie

Une haie se dégarnit presque toujours par le bas. Depuis la rue, on voit un sommet vert et bien coupé ; depuis le jardin voisin, on aperçoit des troncs nus à travers la base. Dans la plupart des cas, l’essence n’y est pas pour grand-chose. Ce sont la forme donnée à la haie et le rythme des tailles qui décident de sa densité, avec quelques particularités selon que l’on a planté du thuya, du laurier, de la charmille ou un mélange.

La forme en trapèze vaut pour toutes les haies taillées

Avant de parler d’essences, une affaire de géométrie. Une haie taillée en trapèze, avec une base plus large que le sommet, reçoit la lumière jusqu’en bas et reste dense à la base. À l’inverse, une haie taillée parfaitement verticale, ou pire, plus large en haut qu’en bas, fait de l’ombre à ses propres rameaux inférieurs, qui s’étiolent peu à peu.

Inutile d’exagérer l’inclinaison. Des flancs légèrement rentrés vers le sommet suffisent, à condition de garder ce profil d’une taille à l’autre. Le dessus peut être plat ou légèrement arrondi ; un sommet bombé retient moins la neige, qui a tendance à écarter les branches d’une haie coupée à plat.

Dans la pratique, on taille les flancs avant le dessus, en remontant du bas vers le haut. Le sommet sert ensuite de finition, une fois que l’on voit le profil d’ensemble. Commencer par le dessus pousse souvent à tailler des flancs trop droits, calés sur une ligne déjà fixée.

Le thuya ne repart pas sur le vieux bois

C’est la particularité qui commande tout le reste. Le thuya ne repousse pas sur le bois brun, celui qui ne porte plus de feuillage. Une coupe trop profonde laisse un trou qui ne se refermera pas. La seule stratégie qui fonctionne est la régularité : des tailles légères, une à deux fois par an, qui ne touchent que les pousses vertes.

Une haie de thuyas que l’on a laissée filer plusieurs années ne se rattrape donc pas vraiment. On peut contenir sa hauteur, mais réduire nettement son épaisseur revient à mettre le bois brun à nu. C’est pourquoi les premières tailles d’une jeune haie comptent tant : ce sont elles qui fixent le volume que l’on maintiendra ensuite, pendant des décennies. Le cyprès de Leyland obéit à la même règle et pousse plus vite encore : avec lui, une saison oubliée se paie pendant des années.

Le laurier pousse vite, mais n’aime pas être tranché

Le laurier-palme, aussi appelé laurier-cerise, pousse vite et repart volontiers sur le vieux bois. Il pardonne une réduction sévère, ce qui en fait une haie facile à reprendre en main. Sa vigueur impose en revanche des tailles régulières, souvent deux par an pour une haie que l’on veut nette.

Son point faible est esthétique. Ses grandes feuilles coupées en deux par la lame brunissent sur la tranche, et la haie paraît roussie pendant quelques semaines. Sur une petite haie d’agrément, certains reviennent au sécateur ; sur une longue haie, on accepte cet aspect passager, qui disparaît avec les nouvelles pousses. Le laurier du Portugal, aux feuilles plus petites, en garde moins la trace. Autre précaution : les feuilles et les graines du laurier-cerise sont toxiques, et les résidus de taille ne doivent pas rester à portée des animaux d’un pré voisin.

La charmille garde ses feuilles sèches tout l’hiver

Le charme perd normalement ses feuilles, mais taillé en haie, il conserve son feuillage sec une bonne partie de l’hiver. La charmille reste ainsi relativement opaque toute l’année, avec une teinte rousse en saison froide. Le hêtre conduit en haie se comporte de la même manière.

Le charme supporte très bien la taille, repart sur le vieux bois et se densifie à chaque coupe. Une à deux tailles par an suffisent pour une charmille régulière. C’est une essence indulgente pour qui débute : une erreur de hauteur se corrige l’année suivante, ce qui n’est pas le cas avec le thuya. Sur une jeune charmille, raccourcissez les pousses dès les premières années plutôt que de laisser les plants monter : c’est ce qui la fait ramifier depuis le bas.

Les haies mixtes, où chaque essence a son tempo

Une haie mixte associe des arbustes de vigueur très différente : noisetier, cornouiller, troène, charme, érable champêtre, parfois quelques persistants. Tailler l’ensemble au même rythme favorise les plus vigoureux, qui finissent par étouffer les plus lents. Mieux vaut accepter une silhouette un peu moins régulière, réduire davantage les pousses qui s’emballent et ménager celles qui peinent. Sur ce type de haie, une taille par an suffit en général, en alternant les flancs si l’on tient à garder des fleurs et des baies. Le troène fait un peu exception : souvent planté seul en haie régulière, il supporte un rythme plus soutenu, proche de celui d’une charmille.

Pour toutes ces essences vaut la même précaution : au printemps et en été, la taille des haies est déconseillée pour ne pas détruire les nids. Les rythmes indiqués plus haut se calent donc en dehors de cette période.

Et quand la haie se compte en centaines de mètres ?

Sur une grande propriété, la question du rythme devient une question de temps. Les règles ne changent pas, l’outil si : les taille-haies à bras montés sur tracteur ou micro-tracteur, équipés d’une barre de coupe à sections, taillent les différentes faces de la haie et permettent de tenir le profil en trapèze sur de longues distances. Le choix se fait sur la largeur de coupe, le mode d’entraînement et la compatibilité avec le tracteur. La remarque sur les grandes feuilles du laurier vaut aussi avec une barre mécanique, et sur les thuyas, la barre ne doit jamais descendre plus bas que la taille précédente : le bois brun ne pardonne pas davantage à la machine qu’au taille-haie à main.

Pour garder le même profil d’une année sur l’autre, plantez un jalon solide à chaque extrémité de la haie et marquez-y la hauteur visée. L’œil a tendance à remonter la ligne de quelques centimètres à chaque taille ; au bout de quelques saisons, la haie a gagné en hauteur sans que personne ne l’ait décidé.